Gilbert Graille

 

 

Nous avons appris, voici quelques jours, le décès, en mars dernier, de Monsieur Gilbert Graille. Nous sommes nombreux à Hussein-Dey, de  Léveilley   à Jules Ferry, à avoir été de ses élèves, nombreux à avoir gardé un souvenir marquant de notre passage dans sa classe.
Pardonnez-moi, j'en parle à partir de mon regard, mais son empreinte sur moi a été forte, à la fois dans le domaine personnel et dans ma vie professionnelle. Ce fut un maître aux grandes qualités pédagogiques qui savait à la fois intéresser la classe, lui transmettre les connaissances indispensables, mais aussi faire passer des principes éducatifs qui nous ont aidés à bien grandir, principes en lien direct avec ceux de l'Ecole de la République, l'Ecole Laïque. Dans la classe de Monsieur Graille, tous les sujets pouvaient être abordés. On s'y sentait bien.  J'y ai passé mon année de CM2, et j'ai été frappé par cette liberté de ton qu'il avait, qu'il nous laissait, et qui nous permettait de devenir nous-mêmes. Je me souviens de son humour, des jeux de mots qu'il nous faisait partager, de sa vision sur l'ouverture à l'ensemble des matières, matières traditionnelles bien sûr, mais aussi peinture, musique, sport, de l'importance qu'il accordait à cette éducation globale. J'ai en mémoire cet air de l'opérette  "la Mascotte", passage qu'il avait inscrit au répertoire des chants de la classe, qu'un inspecteur, après avoir terminé son inspection, avait demandé à entendre, un peu comme un rappel, un petit air "pour la route". Il nous avait tous réunis sur l'estrade et nous avions entonné "les envoyés du paradis sont des mascottes mes amis…", cette phrase que 50 ans après, il m'écrira au dos de l'enveloppe d'une carte de vœux. Je crois que c'est grâce à lui, plus tard, que je devins, également dans l'Education nationale, un adepte de l'Ecole Active et un militant de la coopération scolaire. Alors que je ne l'avais pas revu depuis notre départ d'Hussein-Dey, voici une dizaine d'années, je prenais en exemple Monsieur Graille –à son insu donc- face à des inspecteurs de l'Education nationale, dans le cadre d'une mission de formation  pédagogique. La globalité dans l'éducation, il l'appliquait après la classe. Comment oublier le goût qu'il me donna pour la photographie, cette façon naturelle de nous inclure, d'autres enfants et moi, dans le groupe d'adultes qui jouait au volley-ball sur le petit terrain de sport, entre l'école et le stade municipal, durant des soirées de printemps… Il savait partager et semer toutes ces petites graines qui un jour, immanquablement, se développeraient.  
J'ai eu le très grand plaisir de le revoir, avec son épouse, en 2005, à Combs-la-Ville où ils s'étaient établis*. J'ai retrouvé "mon" maître, âgé et fatigué, mais toujours l'esprit vif, avec la même verve, toujours épris de liberté. Sa voix était restée  la même. C'est un ami que j'ai revu alors, avec une émotion intense.
Je pense bien,  aujourd'hui, à Madame Graille, à Robert et Yves, leurs fils, à leur fille que je n'ai pas vraiment connue et leur adresse mon amical souvenir. Gilbert  Graille fait partie, pour beaucoup d'entre nous, de cette chaîne de personnes qui nous ont construits, qui ont fait de nous ce que nous sommes devenus. Je lui en suis très reconnaissant.

*Merci à Adrien Alemany qui m'a convaincu de reprendre contact.

Pierre-Jean Cardona
février 2012

 

 
     
 

A Combs-la-Ville en 2005

 

 

 

 

 

 

 

 

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